Une histoire de FATS WALLER

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Fats Waller
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   Baby, Oh where can you be ?  Fats Waller  (1929)

New-York en 1903Les Waller font partie des familles noires qui s'installent à New-York au tournant du XXème siècle. Ils ont quitté leur Virginie natale et souhaitent s'installer dans une grande ville pour assurer un avenir à leurs enfants.

De 1890 à 1910, ils auront onze enfants dont cinq seulement surviront. Thomas Wright Waller naît le 21 mai 1904. C'est un garçon très turbulent qui ne tient pas en place. Très tôt, il aime la musique. Ses parents l'emènent au temple où il entend des chants religieux, et surtout, l'orgue auquel il restera attaché toute sa vie. Son père, Edward Martin Waller est pasteur de l'Abyssinian Baptist Church.

Young Fats WallerVers l'age de 6 ans, il monte parfois chez la voisine et joue sur son piano. L'instrument le fascine et le gamin exprime franchement le désir de devenir pianiste. Il y aura très vite un piano dans l'appartement : Thomas, encouragé par sa mère Adeline, reçoit quelques leçons d'une certaine Miss Perry. Il joue beaucoup d'oreille car les partitions l'ennuient et il s'exerce sur l'orgue de l'église ; bientôt, il fera partie de l'orchestre de l'école et obtiendra ses premiers succès en faisant rire ses camarades. Son père qui veut en faire un pasteur comme lui, l'emmène voir Paderewski ; mais Fats (c'est comme ça que ses copains l'appellent à cause de son embonpoint), préfère le ragtime de Tom Turpin, Scott Joplin ou encore le piano stride qu'on peut entendre dans les clubs.

Justement, les Waller vont déménager et s'intaller Lenox avenue, le coeur de Harlem. Thomas quitte définitivement l'école quand il a 14 ans puis trouve des petits boulots pour financer ses leçons de piano. Il fréquente assidûment le Lincoln Theater, sorte de cinéma dans lequel on projette des films muets. Ce n'est pas tant les films qui l'intéressent, mais plutôt l'orgue ou le piano qu'on peut entendre pendant la séance. Il dévore des yeux et des oreilles la pianiste, Miss Mullins, et rêve de la remplacer, ce qu'il fera bientôt, car en 1919, Fats devient l'organiste attitré de l'établissement. Deux années plus tard, il tiendra également l'orgue du Lafayette pour 50 dollars par semaine.

James Price JohnsonIl ne décolle du piano que pour traîner durant la nuit dans Harlem aux abords des clubs. En 1920, Fats qui a perdu sa mère, est un peu à la dérive. Il quitte le domicile familial après une dispute avec son père, puis se fait héberger par la famille Brooks. Russel Brooks est pianiste ; il possède un piano mécanique et de nombreux rouleaux gravés par Lukey Roberts et James P. Johnson. Fats s'empresse d'apprendre par coeur ces succès en posant les mains sur les touches qui s'enfoncent mécaniquement. C'est à cette époque que Thomas Waller rencontre les célébrités du piano. Wille Smith et surtout, James P Johnson qui le prend en sympathie et lui donne une solide formation. Fats construit doucement le rêve de sa vie. Il ne manque pas une occasion de se glisser au piano pendant les pauses des musiciens et son tempérament enjoué et facétieux le propulse dans toutes les réunions musicales et rent parties ayant lieu à Harlem.

C'est probablement en 1922 que Fats réalise ses premiers enregistrements par l'entremise de Clarence Williams qui l'incite également à composer. Il grave Muscle Shoals Blues, puis Birmingham Blues écrit spontanément dans le studio. Il est très à l'aise dans l'exercice de l'enregistrement et cette première séance révèle aussi d'étonnantes qualités de mélodiste. Leur première chanson publiée sera Wild Cat Blues. Cette année là, il accompagne Sara Martin, chanteuse de blues à ses débuts et poursuit les enregistrements

QRS piano rollEn 1923, en collaboration avec J. Lawrence Cook, Thomas Waller grave des rouleaux de pianos mécaniques pour la société QRS (Quality Reigns Supreme). Les piano-rolls sont très en vogue. Le procédé de fabrication consiste à transcrire sur un rouleau maître l'empreinte de chaque note jouée pendant l'exécution d'un morceau. Après quelques corrections ou rajouts, les empreintes sont perforées par un technicien ; les rouleaux sont alors fabriqués en nombre.


Andy RazafFats Waller fait la connaissance d'Andy Razaf, poète et parolier de talent avec qui il co-signera de nombreux succès. La moinde des mélodies lui inspire les paroles d'une chanson.. Le tandem présente régulièrement ses compositions aux éditeurs de musique avec qui les rapports sont parfois orageux. En règle générale, ils essaient d'acheter les droits pour presque rien ou oublient de payer les royalties.
En réaction à ces pratiques, Fats et son ami quittent parfois violemment le bureau en déchirant leur création, ou bien encore, ils acceptent le prix dérisoire offert par un éditeur, puis présentent la même chanson à un second, puis un troisième ... leur travail vendu plusieurs fois leur procurant alors un juste revenu.

Dans ce domaine, Fats a souvent été victime de son insouciance et d'une totale désorganisation. Son tempérament spontané et imprévoyant l'amenait parfois à céder pour presque rien une composition qui devenait peu après immense succès. C'est ainsi que, d'après les témoignages de musiciens et de proches, On the sunny side of the street ou I can't give you anything but love ou encore If I had you, sont très probablement de sa composition. Il l'a regretté amèrement.

Après un premier mariage duquel naît Thomas Junior son premier fils, Fats Waller épouse en seconde noce Anita Rutherford dont il aura deux autres fils, Maurice et Ronald. En 1926, il commence à enregistrer pour la firme Victor puis, abandonnant peu à peu les rent-parties, il compose la musique de spectacles musicaux pour Broadway. Keep Shufflin', puis Load of Coal en 1928 sont des succès qui confirment la notoriété de Fats bien au delà de Harlem. Le duo Waller-Razaf composera également la musique de Hot Chocolates en 1929 et signera les plus beaux standards walleriens, Honeysuckle rose, Aint' misbehavin, What did I do to be so black and blue.

En 1931, Fats se rend à Paris et se produit dans quelques clubs. Puis il regagne New York et intensifie les enregistrements pour RCA Victor. Il anime chaque semaine des émissions de radio, joue en public ; très demandé, son succès est immense ... et il chante de plus en plus des airs à la mode.

  You're not the only oyster in the stew  Fats Waller  (1934)


Fats Waller and his rhythmLe 16 mai 1934, Fats enregistre la première session avec une petite formation, "Fats Waller and his rhythm". Il ne quittera pratiquement plus cet orchestre et se produira sans relâche à ses côtés pendant 9 années, enregistrant plus de 400 morceaux, animant des radio-shows, apparaissant également dans des films. Fats dirige l'orchestre avec son éternelle bonne humeur. Sa présence et son énergie donnent à chaque apparition un spectacle percutant dans lequel les musiciens donnent le meilleur d'eux même car il sait les stimuler au détour d'un chorus par un mot, une plaisanterie ou une relance au piano. Tout cela reste très spontané, les répétitions et arrangements étant réduits au strict minimum comme d'habitude.

  Your feet's too big    Fats Waller  (1939)

Fats WallerFats Waller est devenu une star qui roule dans une Lincoln et porte des costumes sur mesure. Chacune de ses apparitions déclenche rires et applaudissements car Fats aime faire le clown. Il faut voir ce gros bonhomme faire quelques pas de danse puis montrer son derrière à l'auditoire, avant de reprendre sa chanson en en transformant les paroles. La bouteille de gin qui est posée près du piano se vide chaque soir. Fats est heureux ... ou presque, car il rêve de jouer dans des salles prestigieuses, devant ce même public qui se presse pour écouter Georges Gershwin, ou tout autre concert classique. Il souffre de ne pas être reconnu pour ses qualités de pianiste et il est parfois las de son image d'amuseur. Il se console alors dans une profusion d'activité arrosée de gin ou de Old Grand Dad, son bourbon favori.



   Don't let it bother you  Fats Waller  (1935)

Fats retournera en Europe en 1939, puis poursuivra tournées et enregistrements. En 1942, toujours hanté par l'image du concertiste qu'on écoute religieusement, il s'essaiera au Carnegie Hall de New York, en queue de pie ... ça ne sera pas son meilleur souvenir !

  You're the Top - Russian Fantasy  Fats Waller  (1935)

En 1943, Hollywood produit Stormy Weather dans lequel il apparaît avec Lena Horne et Bill "Bojangles" Robinson.

Early to bed sera le dernier Broadway-show dont il composera la musique. Succès.

Dans ce train qui le ramène de Los Angeles, Fats est exténué. Son dernier engagement au Zanzibar Club a dû être interrompu à cause d'une mauvaise grippe. Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1943, le train est immobilisé en gare de Kansas City à cause du blizzard qui souffle un froid glacial jusque dans le compartiment où Fats grelotte, inconscient.
Ed Kirkeby, son agent et un médecin appelé en urgence constateront sa mort au petit matin.

Stupeur ! Thomas Fats Waller s'est endormi pour toujours. Il avait 39 ans.

références :
Ain'tMisbehavin the story of Fats Waller by Ed Kirkeby - Da capo press, NY
Fats Waller, Maurice Waller and Antony Calabrese - Schimer bokks NY
Fats Waller, Alyn Shipton - Omnibus Press, London
Crédit photos : The Frank Driggs collection, M. Lipskin, S. Grossman, D.Schiedt

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