Harlem et les rois du STRIDE

english version Accueil Harlem et
les rois du stride
Une histoire de
Fats Waller
Album, Liens Ré-édition RCA Jouer du
piano stride
 

   Numb Fumblin'   Fats Waller (1929)

Harlem est un quartier de New-York situé au nord de Central Park. En 1658, Peter Stuyvesant alors Gouverneur de cette colonie hollandaise avait baptisé l'endroit "La Nouvelle Haarlem"
 
Harlem, 125 thVers le milieu du XIXème siècle, les fermes avaient peu à peu disparu, laissant place aux demeures cossues d'une population blanche plutôt aisée. Vers 1880-1890, d'énormes programmes immobiliers se multiplièrent. La spéculation atteignit des sommets, pour se terminer par un véritabe krack dans les années 1904-1905.

Les propriétaires soucieux de récupérer leur investissement, louèrent quelques logements vacants à des familles noires, puis à la communauté afro-américaine toute entière qui du même coup, accédait à des conditions de vie plus décentes.

Cette migration se poursuivit jusque dans les années 20, avec elle, une culture, des coutumes et des conditions de vies rendues parfois difficiles par le chômage, les loyers élevés et la surpopulation.

Dans ce contexte, on trouvait à Harlem un grand nombre de distractions. Dans les années 30-40, la vie nocturne y bat son plein. Il y a des théâtres et des clubs à chaque coin de rue (pour autant que votre couleur de peau vous permette d'y entrer).
Les plus célèbres comme le Cotton Club ou le Connie's Inn sont inévitablement associés à de grands noms du Jazz et du spectacle. Fletcher Henderson, Duke Ellington, Cab Calloway et bien d'autres y ont débuté.


On danse, on boit, on s'amuse jusqu'à l'aube. Il y a des orchestres partout et le piano y est roi. Les pianistes sont très demandés. Inspiré du Ragtime, leur style a évolué vers une forme plus swing et plutôt improvisée : le Stride.  Après l'exposition d'un thème, la main droite enchaîne des variations tandis que la gauche produit un solide accompagnement en alternant une basse et un accord. Bien souvent la basse est jouée avec le dixième degré ce qui enrichit le jeux. Ce mouvement caractéristique de la main gauche, "la pompe", est à l'origine de l'appellation "stride" qui signifie : enjambée.
Chaque interprète y va de ses figures et prouesses personnelles, se livrant à une véritable performance. Par un travail acharné et une pratique quotidienne dans les clubs, le jeu gagne en puissance et en souplesse. Certains accompagnent des chanteuses. Parfois au petit matin, les pianistes organisent  spontanément un "Cutting contest", véritable tournoi pianistique où chaque participant fait son show en essayant d'impressionner l'auditoire.


Fats Waller by Oliver "Ollie" HarringtonAutres prestations des pianistes : les house rent parties, sorte de soirées privées qui permettaient à un locataire démuni de collecter l'argent du loyer en organisant une fête à domicile. Une fois le pianiste et les boissons payées, il restait de quoi s'acquitter du terme. Luckey Roberts est un fameux pianiste Stride. Il a joué au Little Savoy Club avant de devenir un habitué du Baron Wilkin's, un célèbre club de Harlem. Eubie Blake, Russel Brooks, Henry "Hank" Duncan, Donald Lambert, Claude Hopkins, Joe Turner, Cliff Jackson et bien d'autres encore, ont une solide réputation. Trois d'entre eux ont marqué pour toujours l'histoire du Jazz. Influençant des générations de pianistes, ils ont ouvert la voie de l'après ragtime, du swing et du piano moderne.


   Rippling waters   Willie Smith

William, Henry, Joseph, Berthold, Bonaparte, Bertholoff ... plus connu sous le nom de  Willie SmithWillie "The Lion" Smith (1893-1973) est une figure ! Il fait partie des trois grandes pointures du Stride. C'est un vrai Tickler, un chatouilleur comme on les appelle à cette époque. Toujours prêt à se mesurer à un autre, il se détache par de subtiles harmonies et un phrasé pouvant aller du plus délicat au plus musclé. Il y a dans son style un lyrisme et une modernité bien à lui. Dans certains thèmes, la main gauche ne fait pas forcément la pompe mais une sorte d'arpège brisé très coulé. Il joue surtout en solo dans les clubs et les rent-parties, n'enregistrant que sur la fin de sa carrière, lors de tournées aux USA et en europe où seul au piano, il évoquait ses souvenirs et ses amis pianistes de Harlem.



   Carolina Shout   James P. Johnson  (1921)

James Price JohnsonCelui-ci surpasse tous les autres. Son jeux est d'une grande précision. Il y a mêlé bon nombre de difficultés, tonalités, rythmes, prouesses techniques, subtiles dissonances, le tout dans un tempo immuable. C'est James P. Johnson (1894 - 1955). Il vient de New Brunswick, NJ, où il naît le 1er février 1894. Ses premières leçons lui sont données par sa mère puis, lorsqu'il vient à New- York en 1908, par un professeur du nom de Bruto Gianini. Il joue bientôt les ragtimes de Scott Joplin et ne manque pas une occasion d'écouter ceux qu'il considère comme ses maîtres, Eubie Blake, Lukey Roberts, Richard "Abba Labba" Mc Lean. Très tôt il se produit dans les clubs, seul ou en petite formation, devient l'accompagnateur de la chanteuse Bessie Smith et acquiert une solide réputation d'instrumentiste et de compositeur. Son Carolina Shout devient le passage obligé de tout pianiste stride ; son Charleston fait le tour du monde. Curieusement, il n'aura pas la reconnaissance qu'il mérite. Il n'en est pas moins considéré comme le Père du piano Stride et il a influencé plus d'une génération de pianistes.

   Handfull of keys   Fats Waller  (1929)

Thomas "Fats" WallerThomas Fats Waller est la troisième célébrité. Sensibilisé très jeune à la musique par l'orgue et les cantiques qu'il entend au Temple (son père est pasteur), le piano devient très vite un refuge pour ce garçon turbulent qui ne pense qu'à jouer comme ses idoles Willie Smith et James P. Johnson. Ce dernier le prend en sympathie, l'initie très sérieusement au Stride tout en lui apportant une solide formation musicale. Ce sera alors le début d'une carrière exceptionnelle. Pianiste, chef d'orchestre, chanteur, compositeur, Fats Waller a été un artiste très prolifique.

Son tempérament d'amuseur a souvent occulté ses immenses qualités de pianiste et la critique fut parfois sévère avec cet artiste-clown qui était capable de tourner la plus insignifiante chansonnette en un succès. Musicien accompli, son jeux plein de gaité est résolument tourné vers le swing. Fats Waller est un personnage enjoué et truculent qui répand instantanément la joie de vivre. Peu porté sur les répétitions, il donne spontanément le meilleur de lui-même, qu'il soit en club ou à la radio, seul ou avec son orchestre.
Il a marqué très profondément l'histoire du jazz par ses compositions devenues des standards (Black and Blue, Honeysuccle rose, Squeeze me), ses nombreux enregistrements, et bien sûr, sa présence inimitable lorsqu'il joue et chante pour notre plaisir.

références :
Ain'tMisbehavin the story of Fats Wallei>r by Ed Kirkeby - Da capo press, NY
Fats Waller, Maurice Waller and Antony Calabrese - Schimer bokks NY
Fats Waller, Alyn Shipton - Omnibus Press, London
Crédit photos : The Frank Driggs collection, M. Lipskin, S. Grossman, D.Schiedt

copyright 2000 - 2017  JCS

 

Accueil   Harlem et les rois du stride    Une histoire de Fats Waller   Album, liens   ré-édition RCA   jouer du piano stride